Nouveaux regards sur le passé

NOUVEAUX REGARDS SUR LE PASSE

Technologie digitale et mise en valeur du patrimoine

Manel Mirò i Alaix, consultant
Chateaux de Kerjean, Septembre 2002

De la même manière que les télécommunications et la technologie digitale sont en train de vivre une révolution, l’utilisation sociale du patrimoine et la gestion du temps libre vivent également une petite révolution, qui croît par effet sympathique. De nos jours, beaucoup d’organisations dédiées à la gestion du patrimoine culturel expriment de manière claire leur volonté de plaire, de séduire, d’offrir non seulement des services, mais aussi des “expériences” à une société désireuse d’occuper ses moments de loisir par des propositions culturelles.

Un dentiste de San Francisco procure à ses patients un appareil de réalité virtuelle qui les place dans un espace de rêve, engendré par un ordinateur, pendant qu’il travaille. Il en va de même des étudiants en médecine qui opèrent des corps informatiques créés par une entreprise appelée Cine-med, et des paraplégiques du Centre Médical pour Personnes âgées du Bronx qui s’échappent le temps d’une ou deux heures de leur chaise roulante en tuant des monstres par un jeu de réalité virtuelle nommé “Heretic”. Que supposera cette technologie pour la présentation et l’interprétation du patrimoine ? Pourrons-nous un jour visiter Delfes et voir la mer argentée d’oliviers qui s’étend au pied de la montagne sacrée ? Sera-t-on capable de nous offrir non seulement le voyage sans bouger de notre siège, mais aussi la recréation émotive d’une scène ? Comment cela pourra-t-il s’appliquer à la didactique ? Comment gèrera-t-on ces visites virtuelles et à qui en reviendront les droits ? S’agira-t-il d’un substitutif du produit réel, qui augmentera son prix et sa valeur symbolique et fétichiste ? Est-ce-que cela facilitera la conservation des espaces et des oeuvres ? L’expérience sera-t-elle vraiment satisfaisante ? Des expériences augmenteront-elles sur l’exemple de celle du Ars Electrónica Center http://www.aec.es en Autriche, un musée sans objet dans lequel les créateurs réalisent les oeuvres pour que les visiteurs les vivent sur écran ou simulateur ? Devant cette déferlante de questions qui peuvent surgir, et de fait sont déjà objet de réflexion pour plusieurs penseurs, nous devons être objectifs et penser que cette révolution digitale en est encore à ses premiers pas. De plus, ce qui nous apparaît comme le haut de la vague ne l’est en aucune façon puisque les résultats du véritable jeu technologique ne se sont pas infiltrés jusqu’aux citoyens et ne se sont pas non plus ajustés à la société de manière effective. Des millions de personnes sont encore très loin du monde du digital et n’auront probablement jamais l’occasion de s’en approcher ou encore n’y trouvent même aucun intérêt.

Bonjour à toutes et à tous. En premier lieu, je voudrais remercier les organisateurs de ce colloque pour leur aimable invitation, et en second lieu, vous présenter mes excuses, car je ne parle pas français, mais plutôt un jargon frontalier qu’on utilise chez moi, dans l’Ampurdan, pour expliquer aux touristes français où on peut manger, et ce qu’on peut visiter. Aussi, je vous demande d’être patients et indulgents avec moi, et je vous promets que je le serai avec vous.

Ceci dit, je voudrais préciser le sujet de mon intervention, à l’intérieur de ce colloque. Les organisateurs m’ont demandé de présenter l’un des projets développés par mon entreprise, STOA, en rapport avec les nouvelles technologies, appliquées à la présentation du patrimoine. Pour ce faire, j’ai apporté deux produits:

– un CD-ROM de présentation d’un territoire du nord du Portugal, la Vallée du fleuve Cávado,

– et une aplication multimédia, qui fait partie de l’exposition permanente de l’Aula del Mar (l’Aula de la Mer), un petit centre d’interprétation qui présente la tradition marinière de Llanes, une ville de la côte orientale d’Asturies.

Mais pour mettre en contexte le sens de ces deux produits, et pour pouvoir participer, d’un point de vue théorique également, au débat de ce colloque, je pense qu’il faut commencer par donner une rapide réflexion, sur la situation actuelle, en Espagne, des projets de mise en valeur du patrimoine à dimension territoriale.

Une des questions à laquelle est confronté aujourd’hui le patrimoine culturel et naturel en Espagne, a à voir avec le changement, dans les usages, de ce patrimoine, et par conséquent, avec la transformation éprouvée dans sa valeur symbolique. Prenons un exemple. Pour un jeune couple qui habite dans un petit noyau rural de Catalogne, qui travaille dans une grande surface voisine, la maison familiale de leurs ancêtres paysans, construite dans le style architectural traditionnel, il est possible qu’aujourd’hui, elle ne soit autre chose qu’une maison vieille et inconfortable, avec une distribution absurde pour leur besoins à eux, et coûteuse à réhabiliter. Cependant, de l’autre côté du miroir, pour un jeune couple de professionnels qui vivent à Barcelone, et sont des consommateurs habitués de produits de tourisme rural, cette même maison ancienne et inconfortable, sera un magnifique vestige du passé, détenant une haute valeur symbolique et paysagère, valeur qui, peut-être, n’a rien à voir avec sa valeur symbolique et paysagère originale.

Cet exemple nous montre les différents systèmes de valeur, qui régissent le monde urbain et le monde rural. Ces différences se traduisent dans l’estimation du patrimoine : alors que la société urbaine considère le monde rural comme un espace de loisir, chargé de valeurs (tranquilité, autenticité, nature, divertissement), la société rurale urbanisée d’aujourd’hui en a perdu les valeurs traditionnelles et regarde le monde rural, comme si elle regardait une copie imparfaite du monde urbain (ennui, isolement, manque de possibilités).

Ces exemples nous mettent devant le grand défi, que comporte actuellement n’importe quel projet de mise en valeur du patrimoine culturel et naturel. Aujourd’hui, la question comment conserver, doit être remplacée par une autre, plus dymamique, plus en lien avec le vrai problème actuel, qui est le changement, la transformation. Autrement dit, la question à laquelle nous devons répondre est : quel rôle doit jouer le patrimoine culurel et naturel dans une société changeante comme la nôtre ? La réponse à cette question demande, premièrement, de s’interroger sur la fonction de l’interprétation du patrimoine et le rôle de l’interprète-planificateur dans un cadre rempli de tensions sociales à échelle planétaire, à cause de la globalisation de l’économie : société de consommation face à pauvreté, développement sauvage face à sosténibilité, maigre développement de la pensée critique, croissance de la xénophobie, creusement des différences entre un nord toujours plus développé et un sud appauvri…

Toutes ces tensions sociales avec lesquelles nous inaugurons le XXIème (vingt-et-unième) siècle se reflètent, à mon avis, dans ce qui se présente comme un des principaux conflits de notre monde : celui de l’usage et de l’abus de l’occupation de l’espace.

Devant ce conflit et en relation avec les projets de mise en valeur du patrimoine, il existe différentes positions. En Espagne, il n’y a pas de tradition de réflexion théorique sur les modèles de mise en valeur du patrimoine, ce qui ne veut pas dire que cette réflexion n’existe pas ou qu’on n’y applique pas différents modèles. Dans l’actualité, nous pouvons rencontrer des exemples, principalement, sur trois modèles :

  1. Le modèle “faisons table rase du passé” part de l’idée que la croissance et le développement du territoire ne peut être hypothéqué par des vestiges du passé qui ont perdu leur utilité. Dans ce modèle, ce qui ne sert pas peut être anéanti. La frange côtière méditerranénne espagnole est le meilleur exemple de ce modèle de développement fait en brûlant le territoire et détruire les ressources. Dans ce modèle, le patrimoine devient au mieux un élément décoratif (premier protoype de sous-marin, oeuvre de l’ingénieur militaire Isaac Peral, transformé en “fontaine publique”)

  1. Il existe un deuxième modèle que nous pouvons baptiser “modèle joyaux de la couronne” parce qu’il pose la mise en valeur du patrimoine du point de vue du “prestige”. Ce modèle, qui est celui qui s’applique le plus en Espagne, implique une vision “étroite” et d’”antiquaire” du patrimoine. Par exemple, s’il s’agit de développer le tourisme culturel dans un centre historique, on choisit le monument le plus connu ou le plus épatant et on agit sur lui sans prendre en compte l’environnement social dans lequel il est immergé. De même, à l’intérieur de ce modèle, on pourrait citer les nombreux projets de mise en valeur du patrimoine qui obéissent à une logique de prestige politique. Par exemple, les projets qui servent uniquement à gagner des élections.

  1. Finalement, il existe un troisième modèle qui du fait de l’incertitude de ses véritables possibilités (c’est un modèle jeune, à développer), nous avons baptisé du nom de “terra incognita”, une expression latine utilisée par les cartographes médiévaux pour désigner ces territoires dont on devinait l’existence mais qui n’avaient pas été explorés. “Terra incognita” est une métaphore qui illustre le désir de découvrir de nouvelles valeurs en rapport avec le territoire que nous habitons et explorons, dans une perspective de développement soutenable.

Terra Incognita est aussi le nom d’un projet transnational développé entre les années 1997 (mille neuf cent quatre vingt dix neuf) et 2000 (deux mille) dans le cadre du programme communautaire TERRA. Ont participé à ce projet les communes de l’Algher (Sardaigne, Italie) et Peralada (Catalogne, Espagne), les regroupements de communes du Prepirineo (Prépyrénées) et Somontano (Aragon, Espagne) et la Comarca (l’équivalent français pourrait être le canton) du Garraf (Catalogne, Espagne).

Le sujet central, au long des trois ans de durée du projet Terra Incognita, a été la discussion sur la manière d’intégrer les projets de mise en valeur du patrimoine culturel et naturel dans les stratégies et les politiques d’organisation et de développement territorial. Le résultat du travail a été l’élaboration d’un modèle théorique de mise en valeur du patrimoine basé sur la méthodologie des plans stratégiques d’interprétation, qui ont pris le nom de TERRITOIRE MUSEE, concept qui est héritier de la philosophie originale des écomusées français et de la tradition anglosaxone de l’interprétation du patrimoine. Le territoire musée ne veut pas dire comprendre le territoire comme une réserve, mais au contraire, loin de l’esprit encyclopédiste, comme un espace vivant de la mémoire, d’une mémoire qui doit être connue par ses héritiers actuels et qui doit être accessible à tous ceux qui éprouvent la curiosité de la découvrir. D’une mémoire comprise comme la base sur laquelle on peut construire l’avenir.

Le concept de territoire musée a une double signification :

  • D’un côté, nous l’utilisons pour désigner une “structure organisatrice” dédiée à l’application d’une stratégie d’interprétation du territoire dont l’élaboration c’est l’aspect central du projet territorial de mise en valeur du patrimoine. Cette structure doit permetre la participation de la société civile dans la gestion et la planification du project.

  • D’un autre côté, nous l’utilisons dans un sens physique, pour désigner un espace de consommation culturelle qui se manifeste comme un grand musée à l’air libre, ouvert et habité, en mouvement et transformation continus, composé de centres d’interprétation, de monuments, d’itinéraires signalisés… Cependant, à l’inverse de nombreux musées à l’air libre, le Territoire Musée ne se trouve pas dans une enceinte à usage exclusif, délimité par une barrière physique (ce n’est pas un parc fermé), mais il prétend intégrer la vie quotidienne du territoire et de ses habitants. C’est pourquoi il est fondamental de fournir à l’usager (qu’il soit visiteur ou résident) les instruments qui l’aideront à se situer, à voir et à apprendre ce que lui offre le territoire. Pour que cela soit possible, nous devons avancer vers un modèle de présentation du territoire lié à une idée intégrale du paysage et de respect de celui-ci, qui repose sur les témoignages originaux (qu’ils soient tangibles ou intangibles), qui utilise les constructions existantes, c’est-à-dire les lieux de la mémoire.

D’un point de vue conceptuel, la création d’un territoire musée implique un processus à travers lequel un territoire devient perçu comme un espace cohérent de consommation culturelle : le territoire est l’espace physique dans lequel le temps s’écoule. Le devenir de l’histoire transforme le territoire en un gisement culturel, au fur et à mesure que se sédimentent les apports des différentes cultures qui l’ont habité. Dans le présent, cet espace-territoire est peçu comme un grand casse-tête dont les pièces sont les restes, presque toujours fragmenté, du passé. La compréhension de ce casse-tête est complexe, comme l’est également celle d’une stratigraphie arquéologique, et demande beaucoup d’études partielles et des synthèses bien documentées. Pour un profane, pour un pélerin culturel, pour un touriste peu documenté, il est très difficile d’approcher la compréhension de ce casse-tête compliqué, sans l’aide d’un bon samaritain, selon le terme de Duncan Cameron. Cette aide peut s’offrir à travers l’installation dans le territoire-espace-casse-tête d’éléments qui “fabriquent un sens”, et cela est l’objectif fondamental du territoire musée : faciliter la compréhension, le respect et la jouissance du territoire.

Pour que cela soit possible, il faut :

  • Intégrer dans un concept commun les différents sites patrimoniaux d’un même territoire, ce qui implique un concept général d’interprétation.

  • Intégrer les lieux patrimoniaux d’un même territoire dans un système organisé d’accessibilité, cela implique le dessin de la structure du territoire musée.

  • Intégrer dans une structure organisatrice les différentes institutions qui opèrent dans un même territoire, cela implique la création d’un organe de gestion du territoire musée.

La planification d’un territoire musée implique de travailler sur trois échelles spaciales: l’échelle comarcale (échelle du canton français), par exemple la vallée d’un rivière ou un conté médiéval, l’échelle locale, principalement municipale, et finalement l’échelle la plus petite qu’est le lieu patrimonial.

  • Un exemple d’interprétation d’échelle comarcale (cantonale) : La Vallée du Cavado (Portugal, Region Nord).

  • Un exemple d’échelle locale : Es Molinar, l’Ecomusée de Montuïri (Iles Baléares, Mallorca).

  • Un exemple de lieu patrimonial : Théatre Romain de Cartagène (Espagne, Murcie).

Le schéma basique d’un territoire musée implique :

STRUCTURE DU TERRITOIRE MUSEE :

è PORTES: ESPACES DE RECEPTION ET D’IMMERSIÓN DANS LE TERRITOIRE MUSEE.

Il s’agit du lieu où le visiteur réalise son premier contact avec le territoire. Du point de vue de la forme, il s’agit d’un centre d’interprétation dans lequel sont condensées, résumées, et synthétisées, les thématiques obtenues dans le processus d’interprétation du territoire. En plus d’être un espace de présentation, c’est un lieu de gestion des visites et de commercialisation des services et des produits touristiques.

è ESPACES THÉMATIQUES : EXPOSITIONS ENVELOPPANTES QUI SÉDUISENT ET INVITENT À CONNAÎTRE LE TERRITOIRE.

è SENTIERS THÉMATIQUES: CHEMINS POUR PENETRER DANS LE COEUR DU TERRITOIRE.

è LA MOBILITÉ DANS LE TERRITOIRE MUSÉE:

  • L’écobus.
  • Les transports alternatifs.
  • La circulation alternée.
  • La circulation piétonne.
  • La signalisation.

è ELEMENTS D’IDENTIFICATION DU TERRITOIRE MUSEE :

  • Les supports de communication

è SERVICES TOURÍSTIQUES :

è ANIMATION TOURÍSTIQUE-SCOLAIRE –CULTURELLE :

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